DISTILLÉ (2014-2017) > Distillé Fourié

extrait
L’art de la distillation
Yvan Leclerc
L’abondance des détails dans la prose de Flaubert conduit à en faire un écrivain visuel. Au moment de la publication de Madame Bovary, la critique relevait cette profusion de détails où elle voyait la marque du « réalisme » et qu’elle rattachait à la prédominance de la description. Il est vrai que le détail crée une sorte d’hyperréalisme par une hypotypose continue mettant sous les yeux du lecteur la chose même. On parlerait aujourd’hui de « réalité augmentée ». Rien de plus visible que les détails, puisqu’il faut savoir « voir comme voient les myopes, jusque dans les pores des choses, parce qu’ils se fourrent le nez dessus » (lettre à Louise Colet, 16 janvier 1852).

Et pourtant, les critiques du temps ont tout de suite compris que cet excès de détails empêchait de voir l’ensemble. Les détails nivellent, fragmentent le réel, le décomposent et le recomposent en collection hétéroclite. . .

Dans toute représentation, Flaubert introduit un élément qui la rend irreprésentable. C’est en cela qu’il considère la peinture, la photographie et tous les arts visuels comme inférieurs à la littérature : elle seule peut introduire de la négativité, de l’invisibilité dans le visible, des mots par où le sens peut fuir. Avec les moyens propres à l’image fixe ou mobile, Sandra Binion s’est confrontée à ce défi de représenter l’irreprésentable littéraire.

Catalogue de Distillé © 2016

Les dessins d’Albert Fourié (1854-1937) qui accompagnent cette exposition ont été réalisés vers 1885. Ce sont les esquisses préparatoires à une série d'illustrations pour une édition de Madame Bovary de Flaubert. Ils ont été sélectionnés par Sandra Binion à partir d'une collection de 400 dessins de Fourié conservés au Musée des Beaux-Arts de Rouen, qui a généreusement accepté de les prêter à la Porte 10. Ils permettent de voir le processus de travail de Fourié et la façon dont il a cherché à transformer le texte de Flaubert en images visuelles.